portraitD’un côté, il y a la professionnelle, Célia Criscuolo, art-thérapeute, praticienne en validation et de l’autre, il y a la clown, Madame Bidule.

Mais qui sont-elles vraiment ? Quels sont leurs parcours ? Attention ! Portrait à deux voix ou presque !

Madame Bidule, journaliste pour l’occasion pose les questions à sa créatrice, Célia Criscuolo.

Alors Célia, tu es clown en soin relationnel, art-thérapeute, tu donnes des cours de théâtre, de clown, tu crées des spectacles, tu écris, chantes, joues de la musique….ça fait beaucoup de choses tout ça! Peux-tu nous expliquer ton parcours?

Tout a commencé par le théâtre à l’adolescence. Je n’étais pas quelqu’un de timide mais je n’avais pas non plus beaucoup de confiance en moi,surtout à l’école. En revanche, j’ai toujours eu beaucoup d’imagination…Au départ,j’ai commencé par la danse classique et la musique/solfège. J’improvisais des textes, des chansons, des chorégraphies. A la maison, à l’heure du repas,  j’arrivais la plupart du temps déguisée et j’improvisais des mini spectacles dans lesquels j’incarnais des personnages que je m’étais inventée. Mes parents m’ont alors inscrit à un cours de théâtre espérant que j’y trouverais un exutoire  et que cela canaliserait mon imagination fertile…Cela m’a révélé à moi-même.

A 19 ans, constatant que le théâtre avait eu sur moi des effets positifs, j’ai commencé à réfléchir à un métier où l’art et la thérapie seraient reliés. Cependant, j’étais encore trop jeune et ce métier n’était pas encore très connu. Après un cours moment à la faculté de psychologie de Rouen, j’ai bifurqué. Je suis partie à la faculté de Caen étudier les Arts du spectacle. Après un début de licence à Londres à la faculté « Queen Mary » où je me suis initiée à la mise en scène/scénographie, aux arts plastiques et au jeu d’acteur, je suis partie en Bretagne valider mon Master en Arts du spectacle « théâtre et mise en scène » à Rennes II avec l’ambition de monter un spectacle de rue. C’est là que j’ai créé mon premier spectacle pour dix acteurs et trois musiciens, « un riche, trois pauvres », d’après un texte de Louis Calaferte. J’ai ensuite fait partie d’une compagnie de théâtre « Le petit manifeste » où j’ai créé un second spectacle sur la condition des femmes, « Fleur sur terrain vague », dans lequel j’ai joué le rôle de metteur en scène, chanteuse et accordéoniste.

Mais comment t’est venue cette passion pour le clown ?

J’ai découvert le clown par le cirque et les arts de la rue, ma famille de cœur.Après un stage de cirque non concluant, la trapéziste de la compagnie Cahin-caha, compagnie de cirque franco-américaine, m’a conseillé de faire du clown.Il valait mieux que je reste au sol car sur un trapèze j’avais le vertige. J’ai fait un premier stage avec Nikolaus, clown, jongleur allemand assez exigent. Cependant,  je ne me suis pas dégonflée. J’ai continué mon chemin jusqu’au Prato à Lille où j’ai rencontré Meriem Menant dit Emma la clown. C’est une des rares femmes clown sur la scène française. J’adore les thèmes qu’elle aborde (la psychanalyse, la mort, l’existence de Dieu, la guerre, l’écologie…) et comment elle les aborde. Après un stage d’une semaine avec elle et un petit spectacle à la clé, ce fut la révélation. Cette femme clown douée et généreuse m’a poussé et encouragé à continuer. C’est en parti grâce à elle que je me suis accrochée et que le personnage de Madame Bidule est né. J’ai continué à me former et à créer des petits spectacles  Madame Bidule et Shlock , un groupe de musique/sketches « les dérangés du quotidien« . Je fais actuellement parti d’un groupe de clown sensoriel sur Nantes. Nous avons créé un spectacle En bal d’amour avec Claudia Nottale, notre metteur en scène, elle-même clown sensoriel,,danseuse et performeuse du sensible. Une démarche que je vous invite à découvrir.

Comment as-tu fait le lien entre le clown et le soin?

Le côté spectacle ne me satisfaisait plus. J’avais envie d’autre chose.

En parallèle, j’avais entrepris un travail sur moi avec un psychothérapeute analyste psycho-organique et formé à la PNL. J’ai expérimenté ce long chemin de guérison avec moi-même en séance individuelle et en travail de groupe durant des stages. Cela m’a énormément apporté et posé les bases de mon futur travail de thérapeute. Au cours de ce cheminement, je me suis mise en contact avec un clown belge, Christian Moffarts, avec qui j’ai échangé autour de cette dimension du clown dans le soin. Cet homme a créé le clown relationnel auprès de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Je n’ai pas pu me former avec lui. En revanche, nos échanges ont nourri ma réflexion et mes choix. C’est ainsi que je suis allée à Paris faire un stage clown et soins avec Sandra Meunier, créatrice des Neztoiles, clowns hospitaliers. Cette rencontre a enrichi ma pratique du clown et du soin relationnel.

En parallèle, je me suis formée au métier d’art-thérapeute et suis diplômée d’un DU d’art-thérapie par la faculté de médecine et de pharmacie de Poitiers depuis 2008.

Ta manière de travailler en tant que clown en soin relationnel se différencie  des clowns à l’hôpital.Peux-tu nous expliquer la spécificité de ta démarche?

De manière générale, la démarche d’aller vers les autres en clown facilite grandement le contact. J’ai rencontré très peu de résistance, de peurs devant la présence du clown tous publics confondus. Mais il est vrai qu’à cette rencontre, j’ai ajouté dans mes bagages des outils spécifiques de communication issus de la PNL (programmation neuro-linguistique) pour faciliter la création d’une relation  profonde d’emblée. Mon métier d’art-thérapeute me place dans une relation d’empathie et de bienveillance à l’autre.J’ai développé un sens de l’observation fine et une qualité d’écoute active au fur et à mesure de mes expériences auprès des personnes âgées, des personnes en situations handicaps physiques, psychiques, de personnes autistes. C’est la base de mon métier.

En 2008, j’ai  commencé à déambuler dans les EHPAD  avec ce savoir-faire et ce savoir-être en poche. Puis, j’ai eu la chance de découvrir la méthode de  validation conçue par Naomi Feil. C’est une méthode de communication qui se base sur le fait de reconnaître, d’approuver les émotions et les sentiments de la personne qu’elle qu’en soit la réalité. Cette méthode est un réel accompagnement des personnes dans la résolution des tâches, des crises vécues dans leur vie  qui sont restées non résolues, en suspend. Cette méthode vient compléter et enrichir mes premières compétences en  tant que clown et art-thérapeute.  En terme d’accompagnement et d’aide immédiate pour communiquer auprès des personnes âgées désorientées, elle me semble aujourd’hui fondamentale. Je me formée à cette technique afin d’approfondir toujours  plus la qualité  d’accompagnement des personnes ayant la maladie d’Alzheimer et des personnes en fin de vie.

En tant qu’art-thérapeute, tu accompagnes d’autres personnes? As-tu d’autres projets?

En effet, je donne des cours de théâtre auprès de personnes en situations de handicap à l’ESAT de Bain de Bretagne depuis bientôt six ans. En 2013 j’ai créé un nouveau projet en partenariat avec le Lycée Saint-yves de Bain de Bretagne. Je voulais  mélanger les publics (publics handicapés/ lycéens) afin qu’une création se dessine dans la complémentarité et le partage du savoir-être et du savoir-faire des uns et des autres. C’est aussi un engagement personnel qui répond à mes valeurs les plus profondes: Montrer que les différences entre chaque humain sont une force et qu’il est préférable de parler de différence plutôt que de handicap, d’autonomie plutôt que de perte. Ce n’est pas nier  l’existence de l’handicap et de la perte d’autonomie mais juste une manière de considérer la personne avec ce qu’elle possède de non-altéré afin d’en tirer le meilleur, aussi infime que cela puisse être.

Je mène aussi des ateliers de théâtre et d’art-thérapie auprès de personnes en insertion professionnelle, toujours animée par la même flamme, la valorisation de chacun, comme il est, là où il en est dans sa vie. et malgré les vicissitudes rencontrées dans son existence.

Donnes-tu des cours, des stages ?

Depuis cinq ans, je sensibilise les étudiants infirmiers à l’institut de formation en soins infirmiers du CHU de Rennes à l’outil clown et au soin relationnel dans des ateliers de développement personnel.

Je suis en train de construire des stages de développement personnel par le clown en collaboration avec d’autres professionnelles (sophrologue/psychologue)  pour les personnes sensibles à cette démarche.

As-tu un public avec lequel tu travailles en particulier?

Je travaille avec tous les publics mais il est vrai que je me suis spécialisée depuis le début de mon activité auprès des personnes souffrant de troubles de la communication et pour qui la relation à l’autre est altérée. Je travaille le plus souvent auprès des personnes ayant la maladie d’Alzheimer ou maladies apparentées et les personnes souffrant de troubles autistiques.

Pour finir sur une note plus légère, je te sais gourmande. Aurais-tu une recette du bonheur?

J’en ai plusieurs mais celle qui marche le mieux serait:

  • une bonne dose de non-jugement, d’empathie et d’humilité
  • un bon bol de plaisir partagé, de curiosité saine
  • un kilo de fun saupoudré d’un bon pied de nez au pessimisme et au désespoir.
  • une pincée de paillettes et de malice dans le regard

A déguster sans modération !

La phrase qui te parle?

L’art est une garantie de santé mentale de Louise Bourgeois.